Témoignage de Christophe PELLETIER

La vraie vie d’un entrepreneur « liquidé » !

 

En perdant mon entreprise en 2016, je pensais tout perdre mais j’ai grandi…

Je me souviendrais toujours de ces moments difficiles dans la vie d’un entrepreneur où sorti du Tribunal, vous rentrez à l’entreprise pour annoncer que tout est fini… Ce fût avant tout, des plus dur pour mes collaborateurs de l’époque qui m’avaient accordé leur confiance dans le pilotage de l’entreprise et que j’allais condamner au chômage… Ce fût dur d’entendre même des proches me dirent : « Mais on te l’avait bien dit… », ces mêmes qui jalousaient ma réussite…

S’en est suivi, une longue descente dans les affres du doute… Moi, l’entrepreneur qui parti de rien était devenu le leader reconnu d’une entreprise de près de 3 millions d’euros de chiffres d’affaires avec 25 collaborateurs, je m’étais planté après 12 ans de bons et loyaux services à créer des emplois. Je me retrouvais moi-même sans emploi, du jour au lendemain sans rien, sans revenus et même pire, avec des dettes à honorer. J’ai vraiment été aussi nul… Pour ne pas avoir su trouver des solutions salvatrices… Et là, vous vous retrouvez seul… Face à vous-même et vos doutes grandissants… Vous tombez… Sans voir le fond de votre chute. Le doute sur ce que vous êtes, vous annihile tout envie d’avancer… De toute manière pour avancer où ? A quoi bon ? Vous sombrez…

J’ai eu la chance extraordinaire d’avoir une épouse qui a toujours cru en moi. Et au lieu de fuir le bateau qui chavirait, est restée patiente à contempler mon échouage tout en redoublant d’effort pour que son travail nous permettre de survivre. Elle me disait simplement : « Il faut que tu digères… ». Et j’ai digéré avant de retrouver l’appétit de l’entreprenariat. Il m’a fallu penser… Repenser à ce qui m’était arrivé… Prendre du recul pour s’expliquer… Comprendre… Et enfin repartir !

Repartir en accomplissant un virage, je ne vois plus l’entreprenariat comme avant. Déjà, retrouver du sens dans ce que j’allais accomplir sans perdre de vue ma survie financière à assurer au plus vite… Mais quoi faire pour tout simplement regagner sa vie, sans même repenser à ma vie d’antan si facile financièrement quand on est à la tête d’une entreprise qui rapporte…

 La première idée fut de vendre mes compétences de manager. J’ai eu la chance de connaître le bonheur au travail, pourquoi ne pas partager cette expérience de terrain bâti jour après jour… J’ai connu la souffrance au travail de mes collaborateurs et nous avons ensemble stoppé cette hémorragie dévastatrice individuellement et si dangereuse pour l’avenir de l’entreprise. Le LEAN* débuté dans notre PME en 2010, m’a fait découvrir le management collaboratif par son approche de chantier d’amélioration continue où tous participent et même mieux, œuvrent pour son bien individuel et le bien collectif. Nous pratiquions le « bon » LEAN avec un objectif partagé par tous « Réduire la pénibilité au travail ». Résultat : en 1 an nous sommes passé d’une situation déficitaire de 150 k€ à un résultat positif de 150 k€… Dont 20% des bénéfices ont été partagé à chacun des collaborateurs à part égal. Et l’atteinte de notre premier objectif, à savoir la réduction de la pénibilité au travail, s’est traduite dans l’absence totale de déclaration de maladie professionnelle dès le début de la démarche. La révolution de notre management nous a même permis d’obtenir en 2013, une nomination au prix des « bonnes pratiques » France Qualité.

Fort de cette expérience de l’amélioration continue qui m’a même fait basculer l’entreprise dans le concept d’entreprise libérée par un management des plus collaboratifs, je pensais réussir à coup sur mon nouveau métier de consultant qui avait pratiqué avant d’accompagner et former.

Mais, je me suis vite rendu compte que le marché de l’accompagnement à la « libération » d’entreprise est à venir mais n’existait pas, surtout sur la cible PME que je visais. Et ma crédibilité fut vite ébranlée par le passé proche de ma liquidation. Je me rappelle une question insidieuse lors d’une toute première conférence : « Et la pérennité de ce type de management pour l’entreprise ? »

Comment vendre un nouveau procédé si vous-même vous l’avez brillamment exploité pour en arriver à perdre l’entreprise ? Je reste encore convaincu, que nous n’étions pas suffisamment « libérés » pour avoir pu surmonter le grand écueil.

Alors 2ème crise de confiance… mais bon sang que faire si je ne pouvais pas être crédible en tant que consultant ?

Je me résigne à renvoyer du CV et décroche un premier entretien comme commercial dans une entreprise qui cherchait avant tout mon carnet d’adresse vu la similitude de ces clients et des clients de mon ancienne entreprise. Je me rappelle cet entretien. Ce fut vite une discussion entre dirigeant et non l’entretien d’embauche d’un commercial ; on ne se refait pas après plus de 12 ans de direction d’entreprise à savoir tout faire (ou presque dans une PME), mais on n’est pas qu’un commercial… Avec seulement une expérience affirmée de commercial. Retrouver un poste de dirigeant ? Même Pôle Emploi m’a avoué ne rien pouvoir faire pour moi ! Seule pouvait compter mon réseau personnel… Qui m’avait bien lâché du fait de la perte de mon entreprise !

Et je vois un jour, une vielle machine à coudre en rangeant ma remise… Pourquoi ne pas s’asseoir derrière et essayer de coudre ? Cela me devenait vital de m’occuper le corps et l’esprit si je ne voulais pas resombrer. Cela peut paraitre des plus étonnant, mais j’avoue que je ne savais pas coudre, moi qui aie passé toute ma carrière professionnelle dans la confection et même créé une entreprise de confection industrielle. Le « miracle » salvateur s’opère… J’arrive à faire mes premiers points de couture avec les conseils avisés d’une grande tante couturière. Je deviens capable de coudre moi-même et d’un coup je me vois rêver… Je retrouve enfin de la confiance en mon pouvoir créatif et je recommence vite à imaginer une nouvelle entreprise… Waouh… Je vais pouvoir m’en sortir grâce au seul travail de mes mains et de ma machine à coudre ! Je recroîs à la Vie… A la vie d’entrepreneur… Je retrouve une énergie débordante car je recommence à croire en mon avenir. Et je couds, je crée des protos à tout va… Je m’éclate à créer en me rêvant conquérant de nouveaux marchés…

Heureusement, ma coach personnelle, mon épouse, veille au grain… Elle me voit retrouver de l’enthousiasme et me rassure en me disant qu’elle y croit autant que moi… Mais me redonne vite le sens des réalités : « Arrête de créer mais vends ! ». Alors je me remets dans la peau de l’entrepreneur que j’avais été, en mieux car détaché, n’ayant plus rien à perdre mais tout à gagner. Tout à bâtir, mais autrement… Déjà, je me mets dans la posture de l’artisan et rencontre un nouveau monde pour moi, le monde de l’artisanat. Toutes mes nouvelles rencontres sont des plus enrichissantes, ces artisans aiment partager leur passion et même leurs expériences. Je ne suis plus dans le monde archi-compétitif où tous les coups sont permis pour réussir ; ce que j’avais connu auparavant. Je découvre des artisans avant tout solidaires comprenant d’autant ma galère passée qu’ils sont souvent eux-mêmes en galère. Seul à subvenir à leur besoin, la réussite est obligée, l’erreur est impardonnable et des plus dangereuses. En les côtoyant, j’apprends tout et il me reste tellement à apprendre. J’ai pourtant eu pendant plus de 12 ans « mon entreprise » mais ce monde de l’artisanat est fascinant dans la diversité des artisans, de leur méthode, de leur expérience éprouvée. Je me régale à rebâtir mon nouveau réseau où l’homme a naturellement toute sa place.

Cela fait à peine un an que je couds, j’admire mes artisans experts en couture avec lequel on se dit tout… Ils sont les premiers à m’encourager et m’aider sans jamais déceler chez moi un futur concurrent. Et dire que… Je n’aurais jamais pu connaître çà si je ne m’étais pas planté !

 

Je suis devenu créateur et fabricant de sacs en Lin de Normandie. Des sacs tout simples ; vu mon niveau de couturier en progrès mais restant un vrai débutant. Je commence à faire des salons et mes clients trouvent que je fais de beaux sacs. Ils me disent çà à moi qui ne savais pas coudre l’année passée. Chacun de ces compliments est un nouveau coup de boost dans ma confiance en mon nouvel avenir… Je redeviens un entrepreneur heureux. Tout est possible, il suffit d’y croire et d’oser… Avancer, même si l’on ne sait pas trop où aller au départ. Se remettre en marche… Il m’a suffi de ranger ma remise pour redémarrer… Rien de plus, de toute manière à l’époque je ne pouvais pas faire plus…

Mais je suis loin de pouvoir vivre de cette nouvelle activité, je comprends qu’il me faut beaucoup apprendre avant de devenir performant. Le marketing, la relation commerciale avec le « grand » public, la communication digitale où je suis un pur débutant. Mon expérience passée dans l’industrie ne m’apporte rien sur ces points. Mais c’est revigorant d’apprendre…Mais je rêve aussi de marché beaucoup plus conséquent que le marché de niche industrielle où se plaçait mon ancienne entreprise ; cela flatte mon ego et ma motivation à ré-entreprendre !

En attendant, car je crois de jour en jour un peu plus à ce projet de sacs et bien plus encore, il me faut bien regagner ma vie et au plus vite sinon je devrai revendre ma maison et au revoir mon cher atelier de couture et mes ambitions de créateur de sacs.

En essayant de vendre le dernier bâtiment de mon ancienne entreprise, je rencontre un nouveau réseau d’agent immobilier d’entreprise. Le lendemain de la signature du mandat de vente, je reçois une invitation par mailing à rejoindre ce réseau. Je n’ai rien à perdre que de rappeler l’agent rencontré la veille pour en savoir plus sur ce métier et éventuellement « mettre un peu de beurre dans mes épinards ! ». 15 jours après je signais le contrat d’intégration et je débutais la première formation. Je suis aujourd’hui un conseiller immobilier entreprise et commercial. J’ai eu la chance d’intégrer un réseau déjà reconnu et hors pair. Professionnel et honnête dans sa prestation pour ses clients bien évidemment et pour ses agents. Là aussi, j’ai intégré un réseau de femmes et d’hommes avec une histoire qui a du sens et une passion partagée. Des artisans de l’immobilier au sens noble ! Je devrais faire signer mon premier bail commercial cette semaine après à peine deux mois d’activité à temps partiel (vu mes sacs à fabriqués pour les futurs salons) et un nombre très restreint de mandat enregistré.

Ces sacs qui commencent à se vendre et ce premier deal immobilier qui tombe me semblent trop faciles ; c’est que j’ai retrouvé ma voie…

 

Christophe PELLETIER

Un entrepreneur heureux !

 

* LEAN : (selon ma définition personnelle !)  Le Lean Management est avant tout un état d’esprit et une philosophie du travail avant de se traduire en type de management. Le LEAN consiste à faire plus avec autant, en associant l’ensemble des collaborateurs dans une démarche d’amélioration continue destinée à augmenter la performance globale de l’entreprise. Le LEAN est aussi décrié quand il consiste seulement, à augmenter la productivité sans autres contreparties ou objectifs de mieux être au travail ! Beaucoup ont compris que faire plus avec autant permettaient de faire autant avec moins dans une simple considération de rentabilité.

 

Minibio de Christophe :

  • Après des études d’ingénieur généraliste, il intègre une PME du secteur des tissus techniques et la confection industrielle.
  • Il rejoint ensuite un groupe de l’armement pour la gestion de la qualité des fournisseurs de la filière matière souple, avant de rejoindre l’un des leaders des sièges ferroviaires.
  • En 2004, il créé sa première entreprise de fabrication de matelas d’isolation qu’il dirigera jusqu’à sa liquidation en 2016, fort de 25 collaborateurs et près de 3 millions d’euros de chiffre d’affaires.
  • Depuis 2019, Responsable du relais SECOND SOUFFLE de Rouen (76)